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Radio Cité

15 avril 2019

Et si c’était le vôtre?

Par : Ingrid Cabezas

Dans les dernières années, nous avons forcément entendu parler ou encore vu de proche ou de loin le visage de la souffrance de ceux qui cherchent une certaine liberté. Des individus et des familles qui décident de quitter leur pays afin de trouver un plat de bouffe, une opportunité de travail ou d’études, un toit où voir grandir leurs enfants sans craindre qu’ils ne rentrent pas à la maison après l’école. Bref, la quête vers une vie meilleure n’est aussi simple qu’on puise le penser.

La poursuite du bonheur, n’est pas seulement le titre d’un des films plus touchants que j’ai vus. Mais c’est la réalité que de milliers d’immigrants rêvent atteindre un jour. C’est une vérité qui touche le monde entier… même si parfois, la « mort kilométrique » ne nous permet pas de ressentir de l’affection pour la vie d’autrui.

Je suis immigrante, mes parents le sont. Vous aussi vous l’êtes… puisque nous le sommes toutes et tous.

Je dois dire qu’en juin 2018 quand j’ai vu cette photo et que je lisais la couverture médiatique mondiale qui suivait de près la caravane d’immigrants du Honduras vers les États-Unis, mon cœur ne pouvait pas comprendre la cruauté de l’homme. Des milliers d’enfants ont été séparés de leurs parents à la frontière américaine. Des enfants qui n’ont pas eu le choix de suivre leurs parents et encore des parents qui ont pris, malgré les dangers, la meilleure décision pour l’avenir de leurs enfants.

Jeudi dernier, le World Press Photo (meilleures photojournalistes de l’année) a récompensé ce cliché unique d’une petite fille pleurant à la frontière mexico-américaine comme la meilleure photo de l’année. Un instant immortalisé par le photographe de Getty, John Moore. Il fait la couverture de l’immigration à la frontière américaine depuis 10 ans. Lui qui depuis tout ce temps, voit avec des yeux d’artiste une réalité que peu comprennent et que beaucoup jugent.

Alice Martis, membre du jury, dit que cette photo reflète « une violence différente, une violence psychologique ». En juin 2018 quand cette photo faisait le tour du monde, j’ai pleuré d’impuissance et j’ai prié le ciel que cette violence puisse cesser un jour. J’ai alors compris que seulement ceux qui ont espoir à l’humanité peuvent faire changer une société qui ne cherche que son bien, peu importe qui souffre en route.

Immigration et politique viennent souvent ensemble. On dirait des synonymes. Curieusement, en 2018, le World Press Photo avait donné ce prix au photographe vénézuélien Ronaldo Schemidt de l’AFP pour avoir immortalisé un homme en feu lors des affrontements avec les forces de l’ordre au Venezuela.

Voilà une autre façon de faire de l’art. Partager la réalité d’une séparation mère-enfant sous la force économique d’un homme au pouvoir et de voir les pleurs d’un enfant qui, en criant « liberté », pourrait être le vôtre ou le mien.

Crédit photo : John Moore – Getty Images.